Archives Mensuelles: juillet 2012

Le business de l’e-reputation

Comment les nettoyeurs du Net se sont rendus indispensables.

Le sujet est devenu en quelques années le marronnier de l’information high-tech grand public. L’hypermédiatisation des réseaux sociaux aidant, les rédactions se délectent de ces témoignages de vies « brisées par Internet » qui parlent tant à leurs internautes de lecteurs. À tel point que l’été venu, ils se sentent obligés de nous en planter des forêts entières, soucieux d’apporter un peu d’ombre et de fraîcheur à nos après-midi passés à buller sur une plage méditerranéenne.

En juillet 2012, sur lemonde.fr, le bronzeur estival pourra ainsi se passionner pour les mésaventures de Léa, inscrite malgré elle sur un site de rencontre avec des conséquences fâcheuses sur sa vie maritale ; ou encore sur celles de Philippe aux prises avec un diabolique maître chanteur ivoirien qui l’aura piégé en train de se masturber face webcam. On est en terrain connu. L’année dernière, le plagiste aurait égayé son apéro rosé-saucisson vespéral avec des histoires comparables, comme celle de Damien, patron de start-up accablé par des commentaires désobligeants, ou d’André, le DRH, carrément associé à des contenus pédophiles.

On ne s’en lasse décidément pas de ces petites fables modernes et de leur déroulé simpliste. De ces pauvres victimes qui gambadent innocemment sur Internet, inconscientes des innombrables dangers qui les guettent, avant qu’elles ne tombent à la merci de l’un des monstres innomables sortis des pires recoins de la Toile. D’articles alarmistes en émissions spéciales, de caméras cachées en enquêtes choc,  ces super-méchants connectés ont lentement pris corps, avant de devenir tout à fait familiers. Entre le maître chanteur sub-tropical, l’adolescent moqueur, l’escroc implacable, et, évidemment, le pédophile abominable, le Web journalistique a composé une sorte de Comedia dell’ arte inévitable. Des créatures démoniaques, capables de couvrir de honte n’importe qui en un battement de cil par appât du gain, vengeance aveugle ou simple malveillance.

Mais tout comme le système médiatique modèle et fige les profils-types des cyber-criminels, il convoque systématiquement les mêmes héros.  Il faut dire qu’ils ne sont qu’une poignée. Bardés de titres ronflants qui fleurent bon le e-marketing à la petite semaine (« Nettoyeurs du Net », « spécialistes en e-reputation »), ils sont les stars de ces articles, les shérifs de notre Far-West 2.0. Arborant un air contrit à faire pâlir d’envie un employé des pompes funèbres, ils en regretteraient presque de nous expliquer, de télévision en radio, d’articles en notes de blog, qu’ils deviennent tout à fait indispensables dans cet univers impitoyable qu’est cet Internet décidément si peu civilisé.

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Retour sur les cyberattaques de l’Élysée

Pas de sources, pas de certitudes, pas d’infos… pas grave.

Le 11 juillet au matin, le Télégramme de Brest créait l’émoi : l’Élysée aurait été cyber-attaqué à deux reprises les 6 et 15 mai 2012, selon une source aussi bien informée qu’anonyme. Cette information de premier ordre ne méritait apparemment pas l’emploi de l’indicatif. Une humilité bienvenue : l’article du Télégramme (devenu payant, malheureusement) se nourrit d’un cocktail saisissant de sources non-vérifiées et de stéréotypes maladroitement articulés autour de faits sans liens entre eux.

Car si le témoignage d’un officiel inévitablement « proche » de l’inévitable « dossier » constitue le cœur de l’information du quotidien breton, cette source n’en reste pas moins évasive. De ces deux attaques, on ne sait finalement rien : ni le mode opératoire (attaque par déni de service ou véritable hack ?), ni ses conséquences. Tout juste apprend-on qu’elles seraient survenues les 6 et 15 mai 2012 (le jour de l’investiture de François Hollande, donc), et qu’il aura fallu trois jours aux services de l’Élysée pour reconstruire une partie de leur système d’information. Ce dernier fait est typique de la donnée qui ne donne rien. Sur des sites plus spécialisés, on nous rappellera plus tard qu’il s’agit d’une durée relativement courte, qui ne permet pas de jauger de la gravité d’une éventuelle attaque. Mais qu’importe. Notre vaillant investigateur garde une carte dans sa manche pour s’assurer une reprise automatique et générale : la menace chinoise.

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