[BRÈVE] Obsession porte bien son nom

Évidemment, il fallait en parler. Évidemment, ce n’est pas tous les jours qu’Apple sort un nouveau produit dans cet énorme marché des smartphones, autrefois confidentiel et aujourd’hui hyperconcurrentiel. Évidemment, la notoriété et la renommée de la marque à la pomme font de la couverture médiatique de ses keynotes une obligation (parfois mal vécue) pour tous les journalistes technos.

Mais dans les pages « mode et lifestyle » (sic) du Nouvel Observateur, on ne fait pas les choses à moitié. Jugez plutôt (capture d’écran effectuée ce matin vers 10h) :

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Facebook et les néo-Narcisse : construction médiatique d’un cliché

Plus qu’une icône du high-tech, Facebook est devenu, sous le regard des médias, un fait de société. Retour sur ces experts et ces analyses qui ont fait de la « génération Facebook » un stéréotype sur-utilisé.

« Combien de temps accepterons-nous de nous soumettre à cette dictature du cool de Facebook ? » Le 8 août, Atlantico.fr s’interroge sur la ligne éditoriale du réseau social au travers d’un entretien de deux pages avec l’écrivain Luis de Miranda. Le prétexte ? La suspension de la page Facebook du pure player, coupable d’avoir publié une image du tableau « L’Origine du monde » de Gustave Courbet. La décision n’a rien d’étonnant : elle rappelle une polémique en tous points identiques survenue un an plus tôt. Facebook avait alors décidé de supprimer le compte d’un artiste ayant mis en ligne une image de ce même tableau. Mais l’angle de l’interview qu’Atlantico va choisir de publier, lui, interpelle. Pourquoi adresser ces questions à un écrivain, alors qu’il s’agit d’un point de droit ? Certes, l’article aurait alors été bien plus court. Au lieu de ces deux pages d’élucubrations mystico-philosophiques, il elle se serait résumé à un fait simple : chaque site Web est maître de sa ligne éditoriale, Facebook compris. Mais Atlantico n’entend pas s’attarder sur les faits ; non, ce qui compte, c’est de se livrer à un exercice très à la mode depuis la montée en puissance du réseau social en 2008 : dénoncer l’impact sociétal de Facebook. Et dès la première question, le ton est donné : « L’entreprise de Mark Zuckerberg imposerait-elle à ses utilisateurs une vision du monde sans nuance ni prise en compte de la culture de ses membres ? » Indice : la réponse est dans la question.

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Laurent Joffrin, la peur du vide

Une rumeur et quelques lecteurs surpris : il n’aura pas fallu grand-chose pour que le directeur de la publication du Nouvel Obs harnache son cheval de bataille et décide de mener une charge héroïque contre Internet et la supposée impunité juridique qui y règnerait.

Laurent Joffrin impuissant face aux rumeurs du Web.

Transmettre une chaîne de mail à 30 contacts peut vous éviter une mort atroce, mais elle peut aussi déclencher la colère d’un des grands éditorialistes français. Le 27 août, Laurent Joffrin publie une virulente tribune dans l’édition en ligne du Nouvel Observateur. Intitulée « La commission Jospin et les dérives du web », celle-ci revient sur un pamphlet qui circulerait dans les boîtes mail de certains lecteurs de son hebdomadaire. Ce dernier est d’une banalité affligeante : il accuse la commission de déontologie menée par Lionel Jospin de népotisme, et prétend par ailleurs révéler les salaires et les émoluments colossaux de ses membres et des intervenants. Quelques secondes de recherche permettent de retrouver le texte original, qui est l’archétype de ces chaînes de mails militantes qui circulent depuis qu’Internet existe : truffé de fautes et d’imprécisions, mis en page à la truelle et à peu près aussi crédible que le message du vice-roi du Niger promettant une belle récompense en échange d’un simple mandat-cash sur un compte Western Union domicilié au Ghana. L’information est d’autant plus simple à vérifier que la rumeur a déjà été abondamment commentée et démontée par les médias de tous bords et ce depuis le… 25 juillet : ainsi, dans le Figaro (repris par Rue89), mais aussi à France Télévision et sur Le Monde.fr, pour ne citer qu’eux.

Finalement, il n’y a guère que le Nouvel Observateur pour ne pas en avoir fait état… Mais cela, Laurent Joffrin ne s’en soucie pas. Peut-être piqué au vif par les imprécations provoquantes du texte (« Où êtes-vous amis journalistes à l’indignation si prompte mais si sélective ? Vous qui trainiez dans la boue Eric Woerth ou Jean Sarkozy, sur des soupçons diffusés en boucle au quotidien ! »), l’éditorialiste va se fendre d’une tribune vengeresse. Lire la suite

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Apple, le Cloud et Mat Honan : genèse d’un fait-divers technologique

Pour une banale série de négligences, la presse en ligne accable deux boucs-émissaires bien pratiques : le cloud computing, et les géants américains de l’informatique.

Mat Honan, nouveau martyr de l’high-tech.

Les titres du 6 août sont alarmants. Ils pleurent une vie « détruite », « réduite en poussière » (20minutes.ch), « en trois clics » (Atlantico), « en trois coups de téléphone » (Le Figaro), « en une heure » (Télérama). Est-ce un viol ? Un meurtre ? Un sordide chantage qui a mal tourné, une affaire de pédophilie, un braquage qui aurait dégénéré ? Une nouvelle tuerie américaine ? Un attentat aux JO de Londres ? « Voilà une mésaventure que personne n’aimerait vivre » prévient d’emblée le site d’information spécialisé 01.net. « Un véritable cauchemar » renchérissent le Figaro et 20 minutes. Le lecteur a déjà verrouillé sa porte blindée, récupéré son 9mm de sous son oreiller et allumé une chaîne d’info en continu. On le sent à deux doigts de se saisir de son téléphone pour prendre des nouvelles de sa famille. Jusqu’à ce qu’il prenne conscience de l’ampleur du drame.

La victime se nomme Mat Honan, et c’est son histoire va faire le tour des rédactions en ligne. C’est faire beaucoup d’honneur à l’histoire de Mat. En temps normal, une mésaventure comme la sienne ne se retrouve pas dans les pages de Wired, et elle éveille encore plus rarement l’attention de la presse nationale. En fait, si Mat avait été quelqu’un d’autre, son histoire aurait reçu, au mieux, le hochement de tête poli d’un collègue à la machine à café, ou quinze minutes d’attention lors du repas dominical, ou à la rigueur l’approbation silencieuse de sa boulangère au moment de lui rendre la monnaie. Mais voilà, Mat ne fait pas un métier comme les autres : il est journaliste pour le magazine américain Wired, la parution de référence dans le milieu du high-tech. Et ce sont justement sa profession ainsi que le prestige de son employeur, qui vont permettre la transformation de cette mésaventure tout à fait ordinaire en un véritable fait-divers technologique à l’écho international. Car ce n’est pas la vie de Mat Honan qui a été détruite, mais bien sa vie… numérique.

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Le business de l’e-reputation

Comment les nettoyeurs du Net se sont rendus indispensables.

Le sujet est devenu en quelques années le marronnier de l’information high-tech grand public. L’hypermédiatisation des réseaux sociaux aidant, les rédactions se délectent de ces témoignages de vies « brisées par Internet » qui parlent tant à leurs internautes de lecteurs. À tel point que l’été venu, ils se sentent obligés de nous en planter des forêts entières, soucieux d’apporter un peu d’ombre et de fraîcheur à nos après-midi passés à buller sur une plage méditerranéenne.

En juillet 2012, sur lemonde.fr, le bronzeur estival pourra ainsi se passionner pour les mésaventures de Léa, inscrite malgré elle sur un site de rencontre avec des conséquences fâcheuses sur sa vie maritale ; ou encore sur celles de Philippe aux prises avec un diabolique maître chanteur ivoirien qui l’aura piégé en train de se masturber face webcam. On est en terrain connu. L’année dernière, le plagiste aurait égayé son apéro rosé-saucisson vespéral avec des histoires comparables, comme celle de Damien, patron de start-up accablé par des commentaires désobligeants, ou d’André, le DRH, carrément associé à des contenus pédophiles.

On ne s’en lasse décidément pas de ces petites fables modernes et de leur déroulé simpliste. De ces pauvres victimes qui gambadent innocemment sur Internet, inconscientes des innombrables dangers qui les guettent, avant qu’elles ne tombent à la merci de l’un des monstres innomables sortis des pires recoins de la Toile. D’articles alarmistes en émissions spéciales, de caméras cachées en enquêtes choc,  ces super-méchants connectés ont lentement pris corps, avant de devenir tout à fait familiers. Entre le maître chanteur sub-tropical, l’adolescent moqueur, l’escroc implacable, et, évidemment, le pédophile abominable, le Web journalistique a composé une sorte de Comedia dell’ arte inévitable. Des créatures démoniaques, capables de couvrir de honte n’importe qui en un battement de cil par appât du gain, vengeance aveugle ou simple malveillance.

Mais tout comme le système médiatique modèle et fige les profils-types des cyber-criminels, il convoque systématiquement les mêmes héros.  Il faut dire qu’ils ne sont qu’une poignée. Bardés de titres ronflants qui fleurent bon le e-marketing à la petite semaine (« Nettoyeurs du Net », « spécialistes en e-reputation »), ils sont les stars de ces articles, les shérifs de notre Far-West 2.0. Arborant un air contrit à faire pâlir d’envie un employé des pompes funèbres, ils en regretteraient presque de nous expliquer, de télévision en radio, d’articles en notes de blog, qu’ils deviennent tout à fait indispensables dans cet univers impitoyable qu’est cet Internet décidément si peu civilisé.

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Retour sur les cyberattaques de l’Élysée

Pas de sources, pas de certitudes, pas d’infos… pas grave.

Le 11 juillet au matin, le Télégramme de Brest créait l’émoi : l’Élysée aurait été cyber-attaqué à deux reprises les 6 et 15 mai 2012, selon une source aussi bien informée qu’anonyme. Cette information de premier ordre ne méritait apparemment pas l’emploi de l’indicatif. Une humilité bienvenue : l’article du Télégramme (devenu payant, malheureusement) se nourrit d’un cocktail saisissant de sources non-vérifiées et de stéréotypes maladroitement articulés autour de faits sans liens entre eux.

Car si le témoignage d’un officiel inévitablement « proche » de l’inévitable « dossier » constitue le cœur de l’information du quotidien breton, cette source n’en reste pas moins évasive. De ces deux attaques, on ne sait finalement rien : ni le mode opératoire (attaque par déni de service ou véritable hack ?), ni ses conséquences. Tout juste apprend-on qu’elles seraient survenues les 6 et 15 mai 2012 (le jour de l’investiture de François Hollande, donc), et qu’il aura fallu trois jours aux services de l’Élysée pour reconstruire une partie de leur système d’information. Ce dernier fait est typique de la donnée qui ne donne rien. Sur des sites plus spécialisés, on nous rappellera plus tard qu’il s’agit d’une durée relativement courte, qui ne permet pas de jauger de la gravité d’une éventuelle attaque. Mais qu’importe. Notre vaillant investigateur garde une carte dans sa manche pour s’assurer une reprise automatique et générale : la menace chinoise.

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